28 septembre 2026
Communiqué de presse n° 26/306
- Les services du Fonds monétaire international (FMI) et les autorités haïtiennes sont parvenus à un accord au niveau des services sur la mission à distance au titre de la quatrième revue du programme de référence, sous réserve de l’approbation de la direction du FMI.
- La mise en œuvre du programme s’est poursuivie dans une conjoncture particulièrement éprouvante. À fin juin 2026, tous les objectifs quantitatifs et indicatifs avaient été atteints, à l’exception de l’objectif continu relatif aux arriérés extérieurs. Ces derniers se sont accumulés en raison de contraintes administratives et de capacités, mais ont été rapidement apurés. Le programme de réformes structurelles progresse, bien qu’avec quelques retards.
- L’insécurité continue de peser sur l’activité économique et la prestation de services de base, ce qui ne fait qu’aggraver la situation humanitaire déjà précaire. La transition politique demeure fragile et le bon déroulement du processus électoral dépend d’une amélioration des conditions de sécurité, d’un financement adéquat et du maintien de l’appui international.
- L’économie reste fragile, avec une huitième année consécutive de contraction du PIB. Toutefois, l’inflation a nettement ralenti et le niveau de réserves internationales demeure adéquat. Le déploiement de la Force de répression des gangs a suscité l’espoir d’une amélioration progressive de la situation sécuritaire. Dans ce contexte difficile, les autorités demeurent engagées dans la mise en œuvre des politiques économiques et la poursuite des réformes.
- Washington:Une équipe des services du Fonds monétaire international (FMI) dirigée par M. Camilo E. Tovar a réalisé une mission à distance du 14 au 25 septembre 2026 afin d’évaluer les progrès accomplis dans le cadre du programme de référence en faveur d’Haïti. Un programme de référence est un accord informel entre les autorités d’un pays et le FMI qui permet à ce dernier de suivre l’exécution du programme économique mis en œuvre par les autorités, et à celles-ci d’établir des antécédents de politique économique, qui pourraient ouvrir la voie à une aide financière du FMI dans la tranche supérieure de crédit. Le programme de référence d’Haïti est adapté au contexte du pays caractérisé par de graves problèmes de sécurité, une fragilité institutionnelle et des contraintes de capacités. Il soutient les priorités de la politique économique des autorités, notamment la résorption l’insécurité, la stabilisation de l’économie, le renforcement de la gouvernance et la consolidation du dispositif de protection sociale.
À l’issue de la mission, M. Tovar a fait la déclaration suivante :
« Haïti est confrontée à une conjoncture macroéconomique exceptionnellement difficile, marquée par une insécurité persistante, des conditions humanitaires et sociales précaires ainsi que par de multiples chocs défavorables. La hausse des cours du pétrole pèse sur les soldes budgétaire et extérieure et contribue à renchérir le coût de la vie, tandis que la fin du statut de protection temporaire (Temporary Protected Status) accordé aux ressortissants haïtiens aux États-Unis pourrait engendrer une réduction les transferts privés sans contrepartie et aggraver les vulnérabilités économiques et humanitaires. Ces difficultés surviennent dans un contexte de transition politique fragile et de préparatifs électoraux. En dépit de ces contraintes, les autorités ont continué à mettre en œuvre leur programme économique et à préserver la stabilité macroéconomique.
« Durant l’exercice 2026, l’activité économique devrait se contracter pour la huitième année consécutive. L’insécurité persistante, la hausse des cours du pétrole et les faibles perspectives d’exportation des secteurs du textile et de l’habillement ont continué de peser sur l’activité. L’inflation, notamment sous l’effet de la stabilité du taux de change, devrait s'établir à environ 16% en glissement annuel durant l’exercice 2026, soit un niveau bien en deçà du pic de plus de 32 % enregistré en octobre 2025. L’intermédiation financière reste atone dans un contexte de faible activité et d’incertitude accrue compromettant l’investissement privé.
« La position extérieure continue de bénéficier de la vigueur des transferts privés sans contrepartie et d’un niveau suffisant de réserves internationales. Le solde des transactions courantes devrait rester excédentaire malgré la faiblesse de la balance commerciale, tandis que les réserves internationales brutes demeurent à un niveau adéquat, équivalant à environ sept mois d’importations projetées. Toutefois, une hausse prolongée du coût des importations de carburants reste une source de vulnérabilité pour le secteur extérieur.
« La politique budgétaire subit des tensions grandissantes issues du niveau exceptionnellement faible des recettes, du renchérissement des prix du pétrole, et des besoins urgents et critiques dans les domaines de la sécurité, de l’aide humanitaire et du développement. Pour dégager une marge budgétaire en faveur de ces priorités tout en préservant la stabilité macroéconomique, il sera nécessaire de renforcer la mobilisation des recettes, de poursuivre les efforts visant à consolider les administrations fiscale et douanière, d’adopter une planification et une hiérarchisation réalistes des dépenses, et d’assurer un financement prudent sans recourir à des prêts non concessionnels. Le renforcement de l’exécution budgétaire, de la gestion de trésorerie et de l’intégrité de la paie pourrait améliorer la qualité des dépenses et la maîtrise de la masse salariale, ce qui permettrait de dégager une marge pour les dépenses prioritaires.
« Les risques pesant sur les perspectives sont plutôt mitigés. De nouveaux revers sur le plan de la sécurité, la hausse des cours du pétrole et la répercussion tardive des augmentations des prix des carburants et du salaire minimum pourraient peser sur la croissance et maintenir l’inflation à un niveau élevé. Un affaiblissement des transferts privés sans contrepartie à la suite de la fin du TPS et une éventuelle sécheresse liée à El Niño constituent d’autres risques baissiers. À l’inverse, une baisse des cours du pétrole, des progrès plus marqués en matière de sécurité et un processus électoral sans heurts, réduisant l’incertitude et renforçant la confiance, pourraient soutenir une reprise plus vigoureuse.
« La mise en œuvre du programme s’est poursuivie dans une conjoncture particulièrement difficile. À fin juin 2026, tous les objectifs quantitatifs et indicatifs ont été respectés, à l’exception de l’objectif continu relatif à la non-accumulation d’arriérés extérieurs. Ces derniers se sont temporairement accumulés en raison de contraintes administratives et de capacités, mais ont été rapidement apurés. Les réserves internationales nettes ont atteint environ 1,9 milliard de dollars ÉU à fin juin 2026, soit un niveau nettement supérieur au plancher du programme. Le plafond relatif au financement du secteur public non financier par la banque centrale a également été respecté à fin juin 2026. La mise en œuvre du programme de réformes progresse, malgré certains retards liés aux contraintes de capacités et à un environnement opérationnel très difficile. Les autorités ont également fait état de progrès dans les domaines couverts par les prochains repères structurels et réaffirmé leur détermination à poursuivre l’exécution du programme de réformes.
Le programme de référence continuera de mettre l’accent sur les priorités suivantes :
« Renforcer la gouvernance et l’intégrité financière pour rehausser la confiance dans les institutions publiques et dans l’État de droit. Il sera déterminant de rendre opérationnelles les chambres judiciaires récemment créées pour combattre les crimes financiers complexes et les crimes de masse, afin de pouvoir renforcer la répression contre la corruption, le blanchiment de capitaux et la criminalité organisée. L’exécution du plan d’action de l’Évaluation nationale des risques et l’application des réformes liées au Groupe d’action financière doivent rester des priorités, notamment grâce à une Unité centrale de renseignements financiers (UCREF) dotée de moyens nécessaires, d’une plus grande transparence de la propriété effective, d’une coopération renforcée entre organismes et d’une meilleure traçabilité des actifs ainsi que de leur repérage et de leur recouvrement.
« Renforcer la mobilisation des recettes pour répondre aux besoins de dépenses prioritaires. L’entrée en vigueur du nouveau code fiscal le 1er octobre 2026 marquera une étape importante du programme de réforme fiscale d’Haïti, en consolidant et en modernisant le cadre fiscal. La mise en œuvre effective du nouveau code fiscal, la poursuite de la modernisation des administrations fiscale et douanière, le renforcement de l’interopérabilité entre celles-ci et le maintien d’un dispositif de tarification des carburants transparent et fondé sur des règles seront essentiels pour améliorer le respect des obligations, réduire les déperditions et soutenir la mobilisation des recettes intérieures.
« Assurer un emploi plus efficace des ressources publiques. Le renforcement de la gestion de trésorerie, de la gestion des investissements publics et du contrôle des engagements, ainsi que la poursuite de la consolidation du compte unique du Trésor, demeurent essentiels pour améliorer l’exécution budgétaire et réduire les risques budgétaires. La poursuite des efforts visant à renforcer l’intégrité de la paie et la gestion de la masse salariale pourrait dégager une marge pour les dépenses prioritaires. L’amélioration de la traçabilité des dépenses ainsi que de l’identification et du ciblage des bénéficiaires contribuerait à faire en sorte que l’aide sociale atteigne les populations visées. L’utilisation efficace des ressources résiduelles de l’aide du FMI de 2023 au titre du guichet de financement des ripostes aux chocs alimentaires, tout en donnant suite aux conclusions des rapports de contrôle et d’audit en cours, sera importante pour soutenir les ménages vulnérables, renforcer l’acheminement de l’aide sociale et améliorer la reddition de comptes et la transparence. Le maintien de pratiques prudentes de gestion de la dette et la mobilisation de ressources suffisantes pour assurer en temps voulu le service de la dette demeurent essentiels pour préserver la viabilité budgétaire et réduire les risques de financement.
« Préserver la confiance dans le dispositif de la politique monétaire et du taux de change. La Banque de la République d’Haïti (BRH) reste déterminée à préserver la stabilité des prix et du taux de change, qui sous-tend la crédibilité des politiques dans le cadre du programme de référence. Il est essentiel de préserver un niveau adéquat de réserves pour soutenir la confiance et renforcer la résilience face aux chocs exogènes. Par ailleurs, la poursuite de la mise en œuvre de la stratégie de gestion des réserves, avec un renforcement des contrôles internes, la clarification des pratiques de gestion des risques, l’amélioration de la gouvernance des décisions de placement, et la poursuite de progrès constants en matière de sécurité informatique et du dispositif de continuité des opérations, contribuera à renforcer le cadre institutionnel, la gestion des risques et la résilience opérationnelle de la BRH.
« Renforcer la supervision du secteur financier pour préserver la stabilité financière. Des progrès sont enregistrés dans la mise en œuvre de la supervision basée sur les risques, notamment à travers l’évaluation des grilles d’analyse des risques et des matrices de notation, ainsi que les travaux d’achèvement du nouveau plan comptable pour les institutions financières. Ces réformes permettront d’accroitre l’efficacité de la supervision, d’améliorer la qualité de l’information financière et de promouvoir une gestion prudente des risques au sein du secteur.
« Améliorer la qualité des données et leur production en temps opportun. La BRH a achevé la publication des états financiers de l’exercice fiscal 2024 et du rapport des auditeurs indépendants, et des travaux ont été engagés pour traiter des réserves et des recommandations d’audit de l’exercice fiscal 2023. La publication ponctuelle des états financiers et rapports d’audit des exercices 2025 et 2026 contribuera à maintenir la régularité des cycles d’audit et à renforcer la transparence, la reddition de comptes et la crédibilité des politiques. La poursuite du renforcement des statistiques économiques et financières, notamment des statistiques du secteur extérieur—grâce à la transition vers BPM6 et à l’amélioration de l’information sur les réserves—, et du suivi budgétaire, favorisera la transparence et la formulation des politiques. L’assistance technique du FMI, notamment par l’intermédiaire du Centre régional d’assistance technique pour les Caraïbes (CARTAC), continuera d’appuyer les efforts dans ces domaines et bien d’autres.
« Mobiliser l’appui des partenaires au développement pour faire avancer les réformes et gérer les risques budgétaires. Une aide extérieure en temps opportun sous forme de dons et de financements concessionnels afin de préserver la viabilité de la dette, conjuguée à la poursuite du renforcement des capacités, contribuera à répondre aux besoins urgents en matière d’aide humanitaire, de sécurité et de développement, à renforcer la mise en œuvre des politiques et à soutenir les réformes institutionnelles. Ce soutien, assorti d’exigences strictes en matière d’évaluation et de transparence pour les opérations financées par les bailleurs de fonds, peut contribuer à préserver le bilan du secteur public, à consolider les progrès réalisés dans le cadre du programme, et à favoriser une reprise durable, susceptible d’améliorer les conditions de vie du peuple haïtien. Dans le prolongement de la Stratégie du FMI pour les États fragiles ou touchés par un conflit, les services du FMI poursuivront leur collaboration étroite avec les principaux partenaires au développement d’Haïti dans les domaines de la gouvernance et du renforcement des capacités. Cette coopération s’articule notamment par le biais du « Cadre de responsabilité mutuelle pour la stabilité et le relèvement d’Haïti », récemment développé par le Gouvernement d’Haïti en collaboration avec la Banque mondiale et d’autres partenaires internationaux.
L’équipe des services du FMI s’est entretenue avec M. Serge Gabriel Collin, Ministre de l’Économie et des Finances, et M. Ronald Gabriel, Gouverneur de la Banque de la République d’Haïti, ainsi qu’avec d’autres hauts fonctionnaires. La mission exprime sa gratitude envers les autorités haïtiennes pour leur étroite coopération et les entretiens ouverts et constructifs durant tous ses travaux.
-
Département de la communication du FMI